vendredi 23 juin 2017

Mille femmes blanches - Jim Fergus



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 2000
Pages: 506

Mon avis:


En 1874, le chef Cheyenne Little Wolf rencontre le président Grant à Washington. Afin de réconcilier les deux peuples, il lui fait une proposition: mille femmes blanches contre mille chevaux. Selon lui, les enfants qui naîtront de leur union avec les indiens favoriseront l'intégration de tout un peuple au monde des Blancs. Officiellement, la proposition fut refusée. Mais en coulisse, le président et le conseiller trouvèrent quelques avantages à ce projet, notamment celui d'offrir une solution pacifique au conflit avec le peuple indien.
Comme il est difficile de trouver mille volontaires enthousiastes c'est dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques qu'un premier groupe de femmes est recruté et envoyé dans les Grandes Plaines auprès du peuple Cheyenne.
May Dodd est l'une d'entre elles. Internée de force dans un asile pour avoir eu des enfants hors mariage, elle subit pendant son hospitalisation des traitements inhumains. Ce projet est pour elle synonyme de liberté. 

"Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

A travers son journal intime, nous suivons son aventure. Avec elle, nous faisons connaissances avec les autres femmes qui ont toutes eu de bonnes raisons de partir vivre cette folie. Elle nous raconte son long voyage en train jusqu'aux Grandes Plaines, l'émotion de la première rencontre avec son nouveau peuple. Au fil des jours, elle et ses consœurs découvrent une nouvelle culture, une nouvelle langue. Bien loin des clichés qu'on lui avait inculqué sur ce peuple sauvage, elle en apprend les règles et découvre avec émotion une société plus simple et plus juste, respectueuse des êtres vivants et de la nature.

"Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible: je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau..."

Elle redécouvre auprès des Cheyennes la liberté dont elle a été privée et s'interroge sur le bien fondé de sa mission. Car derrière ce tableau idyllique se cache une réalité plus dure: le territoire Cheyenne attire la convoitise des Blancs. Elle prend alors conscience du piège qui se referme sur son peuple d'adoption.

C'est un roman fascinant. Déjà par sa description des us et coutumes du peuple Cheyenne. Sans aucun tabou, May nous fait part de son quotidien, des travaux dans le camp, la vie nomade, des rapports hommes-femmes et des relations, parfois violentes, avec les autres tribus. Malgré la barrière de langue, l'incompréhension mutuelle face à certaines habitudes, les femmes s’intègrent petit à petit et deviennent de véritables squaws. 

May est un personnage féminin comme je les aime. C'est une femme moderne. Elle refuse les codes de la société dans laquelle elle évolue et cela lui vaudra d'être internée. Malgré les épreuves, elle reste forte et fière. Dotée d'un cœur en or, elle regarde avec bienveillance son peuple d'adoption. Elle adopte parfois un certain détachement, ce qui lui permet, non sans ironie, de comparer sa vie d'avant et sa vie de squaw.

Basé sur des faits véridiques, l'auteur mêle habilement récit intime et récit historique. A travers la plume de May, il condamne la politique de l'époque; celle où l'on pouvait se servir des femmes comme d'une monnaie d'échange et celle qui proclamait la supériorité des blancs sur le peuple indien.

C'est un de ses romans que l'on oublie pas.  C'est un hommage aux grands espaces, à la vie proche de la nature et le témoignage du génocide dont a été victime le peuple indien. 

vendredi 16 juin 2017

Aphrodites et vieilles dentelles - K. Brunk Holmqvist



Quelques infos:


Edition: J'ai lu
Date de 1ère parution: 2004
Pages: 280


Mon avis:


Tilda et Elida sont sœurs, vieilles filles, et vivent toutes deux dans la maison familiale héritée de leur parent. Sans eau courante, les toilettes sont au fond du jardin. Malgré ce manque de confort, elles sont attachée à leur maison. Elles mènent une vie réglée comme du papier à musique, rythmée par les travaux domestiques, les confitures, l'entretien du jardin.... Jusqu'au jour où un nouveau voisin s'installe dans la maison d'à côté. Lorsqu'elles constatent que l'engrais qu'il utilise fait de l'effet aux animaux du voisinage, elles décident de monter un commerce de vente par correspondance de produit aphrodisiaque afin de s'offrir des WC à l'intérieur. 

Ce livre m'a été envoyé par les Editions J'ai lu dans le cadre d'une opération Masse critique du site Babelio, merci à eux!
J'ai un peu la nostalgie du savoir-faire de nos grands parents, qui occupaient leur journée à la broderie, au jardin ou aux confitures et dont la vie était rythmée par les saisons et j'ai aimé découvrir la vie de ces deux vieilles femmes. Bien qu'âgées de 72 et 79 ans, elles restent attachées aux valeurs de piété et bonne conduite enseignées par leur parent et il est amusant de voir comment elles vont être amenées à fabriquer des potions aphrodisiaques. Elles sont vraiment attendrissantes ces deux vieilles, dans leurs petites manies, leur relation et leur courage aussi car il en faut pour monter un tel commerce quand on est vieille fille et qu'aller à la ville est déjà toute une aventure.
Malheureusement, l'histoire a du mal à décoller. Le lancement du commerce n'intervient qu'en milieu de livre. J'imaginais une réelle aventure pour nos deux petites vieilles mais l'intrigue reste dans l’œuf et le livre se referme sur une impression d'inachevé. 
C'est néanmoins une lecture agréable, le style est plaisant, les notes d'humour font mouche. Un livre à lire pour un bon moment de détente.




mercredi 14 juin 2017

Sélection de livres pour les papas


Dimanche, c'est la fête des pères. La Crevette a l'habitude d'offrir pour cet événement un livre afin de partager avec son papa chéri, un moment de complicité. Aujourd'hui, je vous présente l'album qu'il avait reçu pour son anniversaire ainsi que celui qu'il découvrira dimanche.



"Mon papa" d'Anthony Browne est incontestablement un incontournable des albums jeunesse. Paru en 2002 aux éditions "L'école des loisirs", vous le trouverez sans aucune difficulté dans n'importe quelle librairie spécialisée.


Un enfant parle de son papa et en présente toutes les qualités avec naïveté. Ce livre raconte tout l'amour de l'enfant pour son papa. Avec sa robe de chambre à carreaux et son regard ahuri, il a l'air d'un papa tout ce qu'il y a d'ordinaire. Et pourtant, c'est un papa extraordinaire! Il n'a peur de rien, gagne la course des papas, chante comme un ténor (lol!) et danse tout aussi bien (re lol!).




Chaque illustration reprend les motifs de la robe de chambre et son regard, permettant à coup sur de reconnaître le papa. Les scènes sont vraiment amusantes et les parents apprécieront l'humour complètement décalé de certaines scènes. 






Et pour finir, l'auteur évoque l'amour réciproque du papa envers son enfant. C'est un album drôle et émouvant qui plaît autant à La Crevette qu'à ses parents!
Il existe l'équivalent "Ma maman" du même auteur, tout aussi amusant.


Ce dimanche, La Crevette offrira l'album Petit poisson blanc et son papa paru cet année aux éditions Mijade.


Petit poisson blanc rencontre les habitants de la mer et chaque enfant qu'il rencontre lui parle des qualités de son papa.



Le papa tortue est très costaud, le papa hippocampe va très vite ou le papa crabe est trop rigolo. C'est un moyen de parler avec son enfant des animaux qui peuplent les océans et de leur particularités. 







J'ai beaucoup aimé les couleurs utilisées pour chaque illustration. Elles ne regorgent pas de détail et pourtant, les couleurs, les traits donnent une impression de mouvement et de vie à l'ensemble. A la fin, Petit Poisson Blanc nous parle de son papa, mais je ne dévoilerai pas ici pourquoi son papa est le plus gentil.
C'est un album qui parle des moments de complicité entre un enfant et son papa avec beaucoup de tendresse.



Voici ma participation pour cette semaine au rendez vous Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer

jeudi 8 juin 2017

Le discours d'un roi - Mark Logue, Peter Conradi



Quelques infos:


Edition: Plon
Pages: 299
Date de 1ère parution: 2011

Mon avis:


Au début du 20e siècle, le Roi Georges V règne sur l'Angleterre. Ces deux fils ont des obligations publiques, au grand dam du prince Albert, le cadet futur George VI, atteint d'un trouble de l'élocution. Chaque discours est un calvaire, le microphone son pire ennemi. Il rencontre alors, un orthophoniste australien Lionel Logue qui l'aidera à surmonter son handicap. 

Qui n'a jamais entendu parler du film sorti en 2010 avec Colin Firth dans le rôle principal? A moins de vivre sur une autre planète, vous n'avez pas pu passer à côté. De nombreux prix sont venus auréoler de succès ce petit bijou cinématographique.
J'avais une petite appréhension à l'idée de me plonger dans ce livre car j'avais encore en tête le scénario du film. En fait, ce livre le complète parfaitement.

Mark Logue est le petit fils de Lionel Logue. Il s'est plongé dans les archives familiales a retrouvé le journal de son grand père et les courriers échangés avec le Roi. A l'aide d'un journaliste spécialisé dans la monarchie britannique il nous raconte l'histoire de ces deux hommes et de leur rencontre improbable. C'est une relation empreinte de respect et d'admiration réciproque et c'est tout naturellement que les deux hommes sont devenus amis.

J'ai aimé la personnalité de Lionel Logue. Il a beaucoup de patience et de bienveillance envers ses patients. Il se sert des honoraires payés par les plus riches pour soigner les plus pauvres. Passionné et doué d'un grand sens de l'observation, il contribue au développement de l'orthophonie et de sa reconnaissance par le monde médical. Il est également la clé de voûte du règne de Georges VI et n'en tire aucune gloire. Humble, il reste dans l'ombre Il est néanmoins fier de ce patient pas comme les autres.
Quant au Roi, il est fascinant. On assiste à sa transformation. C'est un prince effacé, accablé par son bégaiement. Contraint par l'abdication de son frère à enfiler le costume de monarque, trop lourd pour lui, c'est par la force de sa volonté et l'efficacité de son travail qu'il deviendra ce grand roi admiré par son peuple. J'en ai également appris beaucoup sur l'histoire de l'Angleterre.

A la fois passionnant et émouvant, en dépit de quelques longueurs, c'est un ouvrage à découvrir pour qui a aimé le film. Parfaitement complémentaire, il apporte en outre quelques précisions sur le déroulement des événements et la relation amicale et respectueuse qui a uni ces deux hommes.




Ouvrage lu dans le cadre du challenge des douze thèmes avec un peu de retard!

Mois de Mai: Thème "Têtes couronnées", un roman ou une biographie dont le personnage central est un roi ou une reine.

mercredi 7 juin 2017

La cité des animaux - Emmanuelle Mardesson et Sarah Loulendo

Pour les mêmes raisons qui m'ont obligé à faire une pause dans mes lectures au mois de Mai, je n'ai pas pu vous présenter d'albums jeunesse ces derniers temps. 
Maintenant que les travaux sont finis, j'espère pouvoir de nouveau m'y consacrer. 

Je commence donc ce mois de Juin par ce magnifique album découvert au hasard à la bibliothèque
La cité des animaux 
paru aux Editions LAGRUME


Nous voilà embarqués pour un fabuleux voyage dans une cité féerique peuplée de toute sorte d'animaux.


Chaque double page nous présente un instantané de la vie de ces animaux.. Un petit texte  nous les présente. On y rencontrera Ali Gagator, le crocodile bègue, Léon l'écureuil glouton ou Dubengal le Tigre. Le texte apporte du rythme, de la vie. Les touches d'humour ont fait mouche.

"On trouve de tout au marché. "A part des puces!" s'esclaffent Walter et Artus. Les montagnes d'épices ravissent les plus gourmets. De quoi enchanter Espelette la belette qui aime manger pimenté. Après avoir soigneusement désherbé son potager, le bouc Farouk cultive avec amour ses concombres et ses navets."




Les illustrations sont superbes, colorées, vivantes. Elles fourmillent de détails. un trentaine d'animaux y sont représentés. Et je me surprends à en découvrir encore d'autres à chaque fois que La Crevette me le propose en lecture. Les saynètes sont vraiment rigolotes et je crois qu'elle a une nette préférence pour celle de la fête foraine. Allez savoir pourquoi?!




C'est donc une magnifique découverte! Bientôt l'anniversaire de La Crevette, il se peut qu'il gagne définitivement les étagères de sa bibliothèque!

C'était ma 17e participation au rendez vous Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer


mardi 6 juin 2017

La Belle du Caire - Naguib Mahfouz



Quelques infos:


Edition: Folio
Pages: 283
Date de 1ère parution: 2001

Mon avis:


Le Caire, 1930. L'Egypte connaît de profonds bouleversements sociaux. Difficile néanmoins de se faire une place dans la haute société cairote qui reste fermée et où règne la corruption. C'est pourtant ce à quoi Mahgoub Abd-el-Dayim, étudiant à l'université, aspire. Il regarde avec envie ses camarades, plus aisés que lui. Son diplôme obtenu il tente de trouver un emploi, mais il n'obtient qu'une place mal payée. Il est alors approché par un lointain parent de la famille qui lui propose de servir de mari de complaisance à la maîtresse d'un homme riche, la belle Ishane pourtant promise à un de ses camarades d'université. Faisant fi de tout scrupule, il accepte le marché et obtient ainsi une place confortable. Bientôt rattrapé par son passé, le jeune homme se retrouve finalement dans une impasse. Qu'adviendra-t-il de ce curieux ménage à trois?


Ce roman est passionnant et m'a fait découvrir un pan de l'histoire égyptienne. Les discussions entre les camarades d'université témoigne des mutations qui agitent la société cairote. L'auteur s'attache à nous décrire les personnalités et l'histoire des différents personnages, entre l'étudiant traditionaliste, prônant les valeurs de l'islam ou celui qui aspire à révolutionner la société en prenant part à la vie politique. Un étudiant se démarque, Mahgoub. Issu d'un milieu particulièrement défavorisé, il ne croit qu'en lui et veut devenir quelqu'un. Il cache derrière ses réflexions cyniques, une profonde jalousie envers ses camarades. Tout lui fait envie: leur physique, leur aisance, leurs histoires d'amour, lui qui se contente des faveurs d'une prostituée. C'est un personnage particulièrement repoussant, à la morale discutable. Il n'hésite pas, au nom de son ambition, à trahir ses amis et à renier sa famille.

"Il interprétait les philosophies avec une logique cynique conforme à son goût, et adorait l'adage de Descartes "je pense donc je suis". Il approuvait sur le fait que l'être est le fondement de l'existence et affirmait, conséquemment, que son être à lui est la chose la plus importante au monde, et que le bonheur de cet être était tout ce qui l'intéressait. (...) Sa dérision envers les hommes de science ne le cédait en rien à celle qu'il témoignait aux hommes de religion. Il n'avait dans l'existence qu'un seul but: le plaisir et la puissance, par les voies et moyens les plus simples, sans obéir à une morale, une religion ou une vertu."

Son ascension sociale, motivée par une profonde amertume, est rapide. Elle lui permet de jouir d'un statut honorable et reconnu. Mais basée sur un mensonge, son mariage corrompu, il n'arrive à faire taire sa conscience et et ne peut empêcher la chute.

"Le regard assombri par une chape obscure, il s'efforça d'aiguillonner son esprit rebelle et murmura un faible "baste", qui, chose extraordinaire, trahissait tout son désespoir et sa soumission"

C'est une histoire captivante qui, contrastant avec ce héros antipathique, prône de belles valeurs morales et humaines.  Une belle découverte