vendredi 23 juin 2017

Mille femmes blanches - Jim Fergus



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 2000
Pages: 506

Mon avis:


En 1874, le chef Cheyenne Little Wolf rencontre le président Grant à Washington. Afin de réconcilier les deux peuples, il lui fait une proposition: mille femmes blanches contre mille chevaux. Selon lui, les enfants qui naîtront de leur union avec les indiens favoriseront l'intégration de tout un peuple au monde des Blancs. Officiellement, la proposition fut refusée. Mais en coulisse, le président et le conseiller trouvèrent quelques avantages à ce projet, notamment celui d'offrir une solution pacifique au conflit avec le peuple indien.
Comme il est difficile de trouver mille volontaires enthousiastes c'est dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques qu'un premier groupe de femmes est recruté et envoyé dans les Grandes Plaines auprès du peuple Cheyenne.
May Dodd est l'une d'entre elles. Internée de force dans un asile pour avoir eu des enfants hors mariage, elle subit pendant son hospitalisation des traitements inhumains. Ce projet est pour elle synonyme de liberté. 

"Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

A travers son journal intime, nous suivons son aventure. Avec elle, nous faisons connaissances avec les autres femmes qui ont toutes eu de bonnes raisons de partir vivre cette folie. Elle nous raconte son long voyage en train jusqu'aux Grandes Plaines, l'émotion de la première rencontre avec son nouveau peuple. Au fil des jours, elle et ses consœurs découvrent une nouvelle culture, une nouvelle langue. Bien loin des clichés qu'on lui avait inculqué sur ce peuple sauvage, elle en apprend les règles et découvre avec émotion une société plus simple et plus juste, respectueuse des êtres vivants et de la nature.

"Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible: je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau..."

Elle redécouvre auprès des Cheyennes la liberté dont elle a été privée et s'interroge sur le bien fondé de sa mission. Car derrière ce tableau idyllique se cache une réalité plus dure: le territoire Cheyenne attire la convoitise des Blancs. Elle prend alors conscience du piège qui se referme sur son peuple d'adoption.

C'est un roman fascinant. Déjà par sa description des us et coutumes du peuple Cheyenne. Sans aucun tabou, May nous fait part de son quotidien, des travaux dans le camp, la vie nomade, des rapports hommes-femmes et des relations, parfois violentes, avec les autres tribus. Malgré la barrière de langue, l'incompréhension mutuelle face à certaines habitudes, les femmes s’intègrent petit à petit et deviennent de véritables squaws. 

May est un personnage féminin comme je les aime. C'est une femme moderne. Elle refuse les codes de la société dans laquelle elle évolue et cela lui vaudra d'être internée. Malgré les épreuves, elle reste forte et fière. Dotée d'un cœur en or, elle regarde avec bienveillance son peuple d'adoption. Elle adopte parfois un certain détachement, ce qui lui permet, non sans ironie, de comparer sa vie d'avant et sa vie de squaw.

Basé sur des faits véridiques, l'auteur mêle habilement récit intime et récit historique. A travers la plume de May, il condamne la politique de l'époque; celle où l'on pouvait se servir des femmes comme d'une monnaie d'échange et celle qui proclamait la supériorité des blancs sur le peuple indien.

C'est un de ses romans que l'on oublie pas.  C'est un hommage aux grands espaces, à la vie proche de la nature et le témoignage du génocide dont a été victime le peuple indien. 

vendredi 16 juin 2017

Aphrodites et vieilles dentelles - K. Brunk Holmqvist



Quelques infos:


Edition: J'ai lu
Date de 1ère parution: 2004
Pages: 280


Mon avis:


Tilda et Elida sont sœurs, vieilles filles, et vivent toutes deux dans la maison familiale héritée de leur parent. Sans eau courante, les toilettes sont au fond du jardin. Malgré ce manque de confort, elles sont attachée à leur maison. Elles mènent une vie réglée comme du papier à musique, rythmée par les travaux domestiques, les confitures, l'entretien du jardin.... Jusqu'au jour où un nouveau voisin s'installe dans la maison d'à côté. Lorsqu'elles constatent que l'engrais qu'il utilise fait de l'effet aux animaux du voisinage, elles décident de monter un commerce de vente par correspondance de produit aphrodisiaque afin de s'offrir des WC à l'intérieur. 

Ce livre m'a été envoyé par les Editions J'ai lu dans le cadre d'une opération Masse critique du site Babelio, merci à eux!
J'ai un peu la nostalgie du savoir-faire de nos grands parents, qui occupaient leur journée à la broderie, au jardin ou aux confitures et dont la vie était rythmée par les saisons et j'ai aimé découvrir la vie de ces deux vieilles femmes. Bien qu'âgées de 72 et 79 ans, elles restent attachées aux valeurs de piété et bonne conduite enseignées par leur parent et il est amusant de voir comment elles vont être amenées à fabriquer des potions aphrodisiaques. Elles sont vraiment attendrissantes ces deux vieilles, dans leurs petites manies, leur relation et leur courage aussi car il en faut pour monter un tel commerce quand on est vieille fille et qu'aller à la ville est déjà toute une aventure.
Malheureusement, l'histoire a du mal à décoller. Le lancement du commerce n'intervient qu'en milieu de livre. J'imaginais une réelle aventure pour nos deux petites vieilles mais l'intrigue reste dans l’œuf et le livre se referme sur une impression d'inachevé. 
C'est néanmoins une lecture agréable, le style est plaisant, les notes d'humour font mouche. Un livre à lire pour un bon moment de détente.




mercredi 14 juin 2017

Sélection de livres pour les papas


Dimanche, c'est la fête des pères. La Crevette a l'habitude d'offrir pour cet événement un livre afin de partager avec son papa chéri, un moment de complicité. Aujourd'hui, je vous présente l'album qu'il avait reçu pour son anniversaire ainsi que celui qu'il découvrira dimanche.



"Mon papa" d'Anthony Browne est incontestablement un incontournable des albums jeunesse. Paru en 2002 aux éditions "L'école des loisirs", vous le trouverez sans aucune difficulté dans n'importe quelle librairie spécialisée.


Un enfant parle de son papa et en présente toutes les qualités avec naïveté. Ce livre raconte tout l'amour de l'enfant pour son papa. Avec sa robe de chambre à carreaux et son regard ahuri, il a l'air d'un papa tout ce qu'il y a d'ordinaire. Et pourtant, c'est un papa extraordinaire! Il n'a peur de rien, gagne la course des papas, chante comme un ténor (lol!) et danse tout aussi bien (re lol!).




Chaque illustration reprend les motifs de la robe de chambre et son regard, permettant à coup sur de reconnaître le papa. Les scènes sont vraiment amusantes et les parents apprécieront l'humour complètement décalé de certaines scènes. 






Et pour finir, l'auteur évoque l'amour réciproque du papa envers son enfant. C'est un album drôle et émouvant qui plaît autant à La Crevette qu'à ses parents!
Il existe l'équivalent "Ma maman" du même auteur, tout aussi amusant.


Ce dimanche, La Crevette offrira l'album Petit poisson blanc et son papa paru cet année aux éditions Mijade.


Petit poisson blanc rencontre les habitants de la mer et chaque enfant qu'il rencontre lui parle des qualités de son papa.



Le papa tortue est très costaud, le papa hippocampe va très vite ou le papa crabe est trop rigolo. C'est un moyen de parler avec son enfant des animaux qui peuplent les océans et de leur particularités. 







J'ai beaucoup aimé les couleurs utilisées pour chaque illustration. Elles ne regorgent pas de détail et pourtant, les couleurs, les traits donnent une impression de mouvement et de vie à l'ensemble. A la fin, Petit Poisson Blanc nous parle de son papa, mais je ne dévoilerai pas ici pourquoi son papa est le plus gentil.
C'est un album qui parle des moments de complicité entre un enfant et son papa avec beaucoup de tendresse.



Voici ma participation pour cette semaine au rendez vous Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer

jeudi 8 juin 2017

Le discours d'un roi - Mark Logue, Peter Conradi



Quelques infos:


Edition: Plon
Pages: 299
Date de 1ère parution: 2011

Mon avis:


Au début du 20e siècle, le Roi Georges V règne sur l'Angleterre. Ces deux fils ont des obligations publiques, au grand dam du prince Albert, le cadet futur George VI, atteint d'un trouble de l'élocution. Chaque discours est un calvaire, le microphone son pire ennemi. Il rencontre alors, un orthophoniste australien Lionel Logue qui l'aidera à surmonter son handicap. 

Qui n'a jamais entendu parler du film sorti en 2010 avec Colin Firth dans le rôle principal? A moins de vivre sur une autre planète, vous n'avez pas pu passer à côté. De nombreux prix sont venus auréoler de succès ce petit bijou cinématographique.
J'avais une petite appréhension à l'idée de me plonger dans ce livre car j'avais encore en tête le scénario du film. En fait, ce livre le complète parfaitement.

Mark Logue est le petit fils de Lionel Logue. Il s'est plongé dans les archives familiales a retrouvé le journal de son grand père et les courriers échangés avec le Roi. A l'aide d'un journaliste spécialisé dans la monarchie britannique il nous raconte l'histoire de ces deux hommes et de leur rencontre improbable. C'est une relation empreinte de respect et d'admiration réciproque et c'est tout naturellement que les deux hommes sont devenus amis.

J'ai aimé la personnalité de Lionel Logue. Il a beaucoup de patience et de bienveillance envers ses patients. Il se sert des honoraires payés par les plus riches pour soigner les plus pauvres. Passionné et doué d'un grand sens de l'observation, il contribue au développement de l'orthophonie et de sa reconnaissance par le monde médical. Il est également la clé de voûte du règne de Georges VI et n'en tire aucune gloire. Humble, il reste dans l'ombre Il est néanmoins fier de ce patient pas comme les autres.
Quant au Roi, il est fascinant. On assiste à sa transformation. C'est un prince effacé, accablé par son bégaiement. Contraint par l'abdication de son frère à enfiler le costume de monarque, trop lourd pour lui, c'est par la force de sa volonté et l'efficacité de son travail qu'il deviendra ce grand roi admiré par son peuple. J'en ai également appris beaucoup sur l'histoire de l'Angleterre.

A la fois passionnant et émouvant, en dépit de quelques longueurs, c'est un ouvrage à découvrir pour qui a aimé le film. Parfaitement complémentaire, il apporte en outre quelques précisions sur le déroulement des événements et la relation amicale et respectueuse qui a uni ces deux hommes.




Ouvrage lu dans le cadre du challenge des douze thèmes avec un peu de retard!

Mois de Mai: Thème "Têtes couronnées", un roman ou une biographie dont le personnage central est un roi ou une reine.

mercredi 7 juin 2017

La cité des animaux - Emmanuelle Mardesson et Sarah Loulendo

Pour les mêmes raisons qui m'ont obligé à faire une pause dans mes lectures au mois de Mai, je n'ai pas pu vous présenter d'albums jeunesse ces derniers temps. 
Maintenant que les travaux sont finis, j'espère pouvoir de nouveau m'y consacrer. 

Je commence donc ce mois de Juin par ce magnifique album découvert au hasard à la bibliothèque
La cité des animaux 
paru aux Editions LAGRUME


Nous voilà embarqués pour un fabuleux voyage dans une cité féerique peuplée de toute sorte d'animaux.


Chaque double page nous présente un instantané de la vie de ces animaux.. Un petit texte  nous les présente. On y rencontrera Ali Gagator, le crocodile bègue, Léon l'écureuil glouton ou Dubengal le Tigre. Le texte apporte du rythme, de la vie. Les touches d'humour ont fait mouche.

"On trouve de tout au marché. "A part des puces!" s'esclaffent Walter et Artus. Les montagnes d'épices ravissent les plus gourmets. De quoi enchanter Espelette la belette qui aime manger pimenté. Après avoir soigneusement désherbé son potager, le bouc Farouk cultive avec amour ses concombres et ses navets."




Les illustrations sont superbes, colorées, vivantes. Elles fourmillent de détails. un trentaine d'animaux y sont représentés. Et je me surprends à en découvrir encore d'autres à chaque fois que La Crevette me le propose en lecture. Les saynètes sont vraiment rigolotes et je crois qu'elle a une nette préférence pour celle de la fête foraine. Allez savoir pourquoi?!




C'est donc une magnifique découverte! Bientôt l'anniversaire de La Crevette, il se peut qu'il gagne définitivement les étagères de sa bibliothèque!

C'était ma 17e participation au rendez vous Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer


mardi 6 juin 2017

La Belle du Caire - Naguib Mahfouz



Quelques infos:


Edition: Folio
Pages: 283
Date de 1ère parution: 2001

Mon avis:


Le Caire, 1930. L'Egypte connaît de profonds bouleversements sociaux. Difficile néanmoins de se faire une place dans la haute société cairote qui reste fermée et où règne la corruption. C'est pourtant ce à quoi Mahgoub Abd-el-Dayim, étudiant à l'université, aspire. Il regarde avec envie ses camarades, plus aisés que lui. Son diplôme obtenu il tente de trouver un emploi, mais il n'obtient qu'une place mal payée. Il est alors approché par un lointain parent de la famille qui lui propose de servir de mari de complaisance à la maîtresse d'un homme riche, la belle Ishane pourtant promise à un de ses camarades d'université. Faisant fi de tout scrupule, il accepte le marché et obtient ainsi une place confortable. Bientôt rattrapé par son passé, le jeune homme se retrouve finalement dans une impasse. Qu'adviendra-t-il de ce curieux ménage à trois?


Ce roman est passionnant et m'a fait découvrir un pan de l'histoire égyptienne. Les discussions entre les camarades d'université témoigne des mutations qui agitent la société cairote. L'auteur s'attache à nous décrire les personnalités et l'histoire des différents personnages, entre l'étudiant traditionaliste, prônant les valeurs de l'islam ou celui qui aspire à révolutionner la société en prenant part à la vie politique. Un étudiant se démarque, Mahgoub. Issu d'un milieu particulièrement défavorisé, il ne croit qu'en lui et veut devenir quelqu'un. Il cache derrière ses réflexions cyniques, une profonde jalousie envers ses camarades. Tout lui fait envie: leur physique, leur aisance, leurs histoires d'amour, lui qui se contente des faveurs d'une prostituée. C'est un personnage particulièrement repoussant, à la morale discutable. Il n'hésite pas, au nom de son ambition, à trahir ses amis et à renier sa famille.

"Il interprétait les philosophies avec une logique cynique conforme à son goût, et adorait l'adage de Descartes "je pense donc je suis". Il approuvait sur le fait que l'être est le fondement de l'existence et affirmait, conséquemment, que son être à lui est la chose la plus importante au monde, et que le bonheur de cet être était tout ce qui l'intéressait. (...) Sa dérision envers les hommes de science ne le cédait en rien à celle qu'il témoignait aux hommes de religion. Il n'avait dans l'existence qu'un seul but: le plaisir et la puissance, par les voies et moyens les plus simples, sans obéir à une morale, une religion ou une vertu."

Son ascension sociale, motivée par une profonde amertume, est rapide. Elle lui permet de jouir d'un statut honorable et reconnu. Mais basée sur un mensonge, son mariage corrompu, il n'arrive à faire taire sa conscience et et ne peut empêcher la chute.

"Le regard assombri par une chape obscure, il s'efforça d'aiguillonner son esprit rebelle et murmura un faible "baste", qui, chose extraordinaire, trahissait tout son désespoir et sa soumission"

C'est une histoire captivante qui, contrastant avec ce héros antipathique, prône de belles valeurs morales et humaines.  Une belle découverte

mardi 30 mai 2017

Miss Alabama et ses petits secrets - Fannie Flagg



Quelques infos:


Edition: Cherche midi
Pages: 435
Date de 1ère parution: Mai 2015

Mon avis:


Maggie Fortenberry, la soixantaine, est agent immobilier et travaille à Birmingham, Alabama. Un jour de Novembre 2008, ne trouvant plus aucun attrait à la vie qu'elle mène, elle planifie son suicide. Elle organise cet événement comme elle a toujours mené sa vie: avec méticulosité, en femme bien élevée, en essayant de ne froisser personne voire même en tâchant de leur faire plaisir en leur laissant ce qu'elle possède. C'est sans compter son amie Brenda qui lui demande de l'accompagner à un spectacle. Pour ne pas la vexer, elle décide de remettre son projet à la semaine suivante. Mais de jour en jour, d’événement improbables en rencontres inattendues, Maggie se laissera surprendre par l'imprévisibilité de la vie

Ce livre est une galerie de portraits essentiellement féminin dont je n'ai pas vraiment saisi la finalité. Autant dans son roman La dernière réunion des filles de la station service, derrière l'histoire d'une famille hors norme, transparaissait celle des pionnières de l'aviation, ici je n'ai pas compris où l'auteur voulait en venir. 
Certaines personnalités sont excessives. Babs l'agent immobilier, concurrente de la douce Maggie est exécrable et frise la caricature. Hazel, la patronne, naine, concentré de dynamisme et de générosité m'a paru peu crédible.
Dans le lot, seule la collègue Brenda m'a plu. Elle a un tempérament de gagnante et regarde devant tandis que Maggie ressasse sans cesse ses vieux souvenirs, ses heures de gloire lorsqu'elle était Miss Alabama. Je l'ai senti enchaînée par ses croyances, trop concentrée sur l'avis des autres. La majeure partie du livre se concentre sur ses états d'âmes. Chaque tentative de suicide avortée nous offre une plongée dans sa mélancolie, cela a fini par me lasser. En revanche, la façon dont elle organise son projet, qui l'oblige à racheter tout ce dont elle s'est débarrassée, donne lieu à des scènes assez hilarantes. Et le dernier tiers du livre laissant place à une petite intrigue se lit plus facilement. 
Mention spéciale à Leroy le bouc dont la trop brève apparition m'a bien fait rire.

C'est un livre que j'ai lu dans un contexte un peu particulier. Pour cause de travaux dans la maison, je ne me suis pas sentie à 100%. Peut être est-ce une des raisons pour laquelle je n'ai pas adhéré plus que ça à cette histoire.

jeudi 11 mai 2017

Sans même un adieu - Robert Goddard



Quelques infos:


Edition: Sonatine
Date de 1ère parution: Novembre 2016 (France)
Pages: 670

Mon avis:


Londres, 1911. Geoffrey Staddon est un jeune architecte à qui un richissime homme d'affaires vient de confier la construction de sa maison. Il rencontre alors son épouse, Consuela Caswell dont il tombe amoureux. Alors que les deux amants projettent de s'enfuir, Geoffrey renonce au dernier moment et choisit de privilégier un projet ambitieux qu'on vient de lui confier.
Douze ans plus tard, sa carrière est au point mort et ses relations avec sa femme alternent entre dispute et indifférence. En lisant le journal, il découvre une sordide affaire de meurtre par empoisonnement. La suspecte, Consuela Caswell.
Persuadé de l'innocence de cette femme qu'il a tant aimé et malgré tout abandonné, il décide de mener l'enquête. 

J'ai découvert ce titre au hasard de mes balades à la bibliothèque. J'ai été tentée car j'aime cette période de début de siècle. 
Mais parfois le hasard ne fait pas bien les choses et je n'ai pu terminer ce livre. Malgré une qualité d'écriture indéniable, des personnages bien soignés, le rythme de l'intrigue et la personnalité du héros ne m'ont pas du tout plu. Je me suis terriblement ennuyée.
Ce n'est pas faut d'avoir essayé, je suis quasiment arrivée aux trois-quarts du livre mais pour finir, honte à moi, je me suis contentée du dernier chapitre histoire de connaître la fin! 
Le problème avant tout c'est le personnage principal. N'est pas enquêteur qui veut! Geoffrey Staddon est un piètre détective. Il s'y prend très maladroitement, se fait toujours humilier alors même qu'il croit avoir les cartes en main. Il se fait même arnaquer. A la moitié du livre, nous ne sommes toujours pas plus avancé et j'ai trouvé ça très long. Je passe l'histoire de la rupture par lettre interposée qui n'est effectivement pas très classe, mais c'est surtout ses interminables lamentations qui ont fini par m'horripiler. Les remords qu'il éprouve sur ses actes passés donnent lieu à d'interminables chapitres et desservent l'ensemble du roman.

C'est ma première rencontre avec cet auteur britannique et je n'ai pas été convaincue. Dommage!




vendredi 28 avril 2017

Soudain, seuls - Isabelle Autissier




Quelques infos:


Edition: Stock
Date de 1ère parution: Mai 2015
Pages: 252

Mon avis:


J'ai eu la surprise de découvrir que la célèbre navigatrice Isabelle Autissier était également écrivain en tombant par hasard sur un de ses livres à la bibliothèque. J'avais été charmée par son roman L'amant de Patagonie. Je n'ai pas hésité lorsque j'ai trouvé dans cette même bibliothèque son dernier ouvrage, Soudain, seuls.

Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, embarquent pour un tour du monde à bord d'un voilier. Le voyage se passe sans encombre jusqu'au jour où ils accostent sur île perdue au large de la Patagonie, ancienne base baleinière désormais habitée par les manchots et les otaries. Alors qu'ils partent faire une randonnée dans l'île, ils sont pris dans une tempête et leur bateau sombre. Les voilà seuls, sans aucune autre ressource que ce que peut leur offrir ce milieu hostile et sans que personne ne sache où ils sont.

L'auteur nous parle des efforts menés par les deux personnages pour survivre dans cette nature sauvage.  Ils s'organisent et s'astreignent à un planning quotidien de chasse, d'exercices physiques, d'amélioration de leur abri... En se rattachant à l'espoir d'être secouru, à leur souvenir de leur vie d'avant, ils essayent de maintenir une unité, un semblant de vie normale pour ne pas se laisser gagner par le désespoir et sombrer dans la folie.

"L'examen de conscience, la fierté du travail accompli, les efforts justifient leur humanité, les distinguent des animaux simples prédateurs, les éloigne de cette vie des cavernes qu'ils ont quelque fois l'impression de mener. Singer la société, c'est encore y appartenir"

Mais pour Louise et Ludovic chaque geste du quotidien, tels que se laver, se chauffer, manger... est une épreuve. Leurs difficultés poussent le lecteur à s'interroger sur notre monde moderne, si éloigné de la nature, où la technologie nous rend dépendant et maladroit.

"Sont-ils, eux, moins doués que ces peuples primitifs? Sans doute, car les bienfaits de leur civilisation développée les ont coupés de cette compréhension millénaire de la nature, de ces connaissances ancestrales qui permettaient aux hommes de vivre de rien. En se civilisant, ils ont gagné en confort et en longévité, mais cette sophistication leur a fait oublier quelques fondamentaux de la vie, et voilà qu'ils se retrouvent aujourd'hui sans ressources."


Au delà de ces difficultés quotidiennes, Isabelle Autissier s'attache également à nous décrire leur relation, la façon dont leur couple est mis à l'épreuve par cet événement extrême, où leur amour est confronté à leur propre instinct de survie. Les rancœurs apparaissent, les désaccords également.

"Ils ne sont pas seulement abandonnés sans feu ni lieu, ils sont condamnés l'un avec l'autre, ou l'un contre l'autre. Quel couple résisterait à ce genre d'enfermement?"

Jusqu'au moment où, après des mois de lutte, apparaît le moment décisif, celui qui ne permettra pas de revenir en arrière. Malgré tous leurs efforts, nous assistons à leur progressif retour à l'état sauvage.

"La voilà, la confrontation primitive avec la vie, celle qui pousse à agir au-delà de tout code et de toute règle, et même au-delà de ses propres sentiments."

La seconde partie du roman est consacrée aux médias, lorsque l'aventure des deux protagonistes est rapportée au grand public, friands d'histoires sensationnelles alors même que la mésaventure de Louise et Ludovic est particulièrement cruelle.

J'ai aimé les personnages, avec une nette préférence pour Louise, faible en apparence mais dont le courage, l'obstination et l'intelligence la porteront tout au long de cette épreuve.
Le style de l'auteur est direct, sans fioriture, chaque mot soigneusement choisi. Le texte gagne en justesse sans perdre en poésie. Isabelle Autissier est incontestablement une admirable conteuse.

Cette histoire tragique nous invite à la réflexion sur nos rapports avec la nature et à plus d'humilité face aux éléments. Absolument passionnant!

"Arrivés au premier ressaut, avant de perdre la mer du vue, ils font un autre pause. C'est si simple, si beau, quasi indicible. La baie encerclée de tombants noirâtres, l'eau qui scintille comme de l'argent brassé sous la légère brise qui se lève, la tache orangée de la vieille station et le bateau, leur brave bateau qui semble dormir, les ailes repliées, pareil aux albatros du matin. Au large, des mastodontes immobiles, blanc-bleu, luisent dans la lumière. Rien n'est plus paisible qu'un iceberg par temps calme. Le ciel se zèbre d'immenses griffures, nuages sans ombre de haute altitude que le soleil ourle d'or."


vendredi 21 avril 2017

Quoi qu'il arrive - Laura Barnett



Quelques infos:


Edition: Les escales
Date de 1ère parution: Avril 2016
Pages: 464

Mon avis:


Éva et Jim se rencontrent en 1958 alors qu'ils n'étaient qu'étudiants. De cette rencontre, l'auteur décline trois versions différentes de leur histoire. Dans l'une d'entre elle, Eva épouse Jim, dans la deuxième, elle passe son chemin et épouse son petit ami du moment et dans la troisième, elle sort avec Jim mais finit par le quitter. Nous les suivrons tout au long de leurs vies possibles, où le destin semble à jamais vouloir les lier.

Le synopsis m'a tout de suite attiré. Qui ne s'est jamais posé la question: ai-je pris la bonne décision? Quelle aurait été ma vie si j'avais fait ce choix ?
Ici, cette question s'étire tout au long des chapitres où nous suivons les trois versions différentes de la vie de Jim et d’Éva. L'accent est mis sur ces instants où l'on doit faire un choix et où la vie aurait pu basculer. 

"Parfois, il imaginait qu'à la fin de sa vie on lui montrerait un film amateur de toutes les routes qu'il n'avait pas prises, et où elles l'auraient mené"


Du fait, la narration peut paraître déroutante, ce n'est pas un livre à lire en dilettante, vous aurez besoin de toute votre attention pour suivre les trois versions où l'on peut vite s’emmêler les pinceaux, notamment avec l'entourage des deux personnages principaux. Néanmoins c'est suffisamment bien écrit pour qu'à chaque chapitre, le lecteur puisse retrouver vite ses repères et je me suis vraiment laissée prendre au jeu de ce roman atypique.

Dans ces trois versions de leur histoire, aucune n'est meilleure qu'une autre, chacune apportera son lot de réussite ou d'échec, des moments de joie ou de deuil. Ce n'est pas un roman à l'eau de rose où l'amour triomphe de tout. Ici, Laura Barnett nous dépeint des tranches de vie bien réelles: Jim et Eva font des erreurs, ont des défauts, les sentiments sont mis à l'épreuve du temps... 

"C'est ça la vie de couple, non? Prendre les roses avec les épines"

Ces événements façonneront leur caractère, joueront sur leurs carrières respectives et seront à l'origine de leur rapprochement ou de leur éloignement.

Ce qui m'a marqué dans cette lecture, c'est la foi inébranlable que l'auteur a dans le destin. Car, à partir de l'instant où ils se sont croisés sur cette route, leurs vies seront liées et quoi qu'il arrive, ils se retrouveront, de manière différente certes, pas forcément comme on l'aurait souhaité mais ils auront un temps pour vivre leur amour.

J'ai aimé les voir vieillir, s'assagir et mûrir. Dans chaque version, ils admettent leurs erreurs et avancent malgré les désillusions.

"(...) il est assez vieux maintenant pour prendre le bonheur tel qu'il est: bref et volatil, non un état vers lequel tendre, qu'il faut rechercher pour s'y installer, mais qu'il faut saisir au vol et retenir le plus longtemps possible."


C'est un roman bouleversant, qui remue en nous bon nombre de réflexions sans pour autant nous plonger dans les regrets. Il est à découvrir pour la qualité de sa construction et l'optimisme qui s'en dégage.

"Il est allé contre la loi naturelle des choses, cette loi qui affirme que l'occasion d'atteindre le bonheur ne se présente qu'une seule fois, avec une seule personne, et que si on la laisse passer, elle ne se représente jamais."

Nb: La quatrième de couverture évoque un roman jubilatoire, parle de comédie romantique. C'est absolument émouvant, mais drôle, pas vraiment!



mercredi 19 avril 2017

La vérité sur l'affaire Harry Québert - Joël Dicker



Quelques infos:


Edition: De Fallois
Date de 1ère parution: 2012
Pages: 857


Mon avis:


Marcus Goldman est un écrivain à succès victime du syndrome de la page blanche. Espérant retrouver l'inspiration, il rend visite à son mentor et ami Harry Québert, un auteur reconnu. Mais lorsque celui-ci est pris dans la tourmente d'une affaire criminelle vieille de 33 ans, il décide de mener l'enquête afin de découvrir la vérité et de laver le nom de Harry Québert.

Ne soyez pas effrayés par l'épaisseur de ce roman: les 857 pages se tournent toutes seules. Je me suis sentie happée dès les premiers chapitres. 
Le narrateur Marcus Goldman est un personnage intéressant. Très lucide sur ses actes et sa personnalité, ses défauts et ses doutes le rendent très humain. Avec humour et ténacité, il arrive à ses fins et il forme une belle équipe avec le sergent Gahalowood au caractère bourru mais sympathique. D'autres personnages sont remarquables, notamment l'éditeur et la maman de Marcus, certes un peu caricaturaux mais dont les réflexions donnent aux dialogues une touche comique bienvenue.

Le seul point qui m'a particulièrement agacé, c'est la faiblesse des échanges amoureux. Toute l'intrigue est basée sur l'histoire d'amour vécue pendant l'été 1975, entre Harry, alors âgé de 34 ans, et Nola, une jeune fille de quinze ans. Et lorsque je lis qu'un trentenaire noircit des pages et des pages du prénom de son amoureuse, je n'y crois pas du tout! L'expression des sentiments est vraiment pauvre et mièvre. 
Je n'ai pas non plu été convaincue par la plongée dans le monde des écrivains et la description du processus de création dépeinte dans les conseils donnés par Harry à chaque début de chapitre. J'ai les ai trouvé assez convenus et il n'y a pas là de quoi stimuler l'imagination d'un écrivain.

Heureusement, Joël Dicker est bien meilleur pour distiller le suspense que pour parler d'amour. L'intrigue est vraiment bien ficelée et je n'ai eu qu'une envie, c'est de savoir ce qui s'est passé durant l'été 1975. Dans cette galerie de personnages, j'ai cherché le coupable et je n'ai pas vu venir la révélation finale. Les multiples rebondissements et les fausses pistes m'ont vraiment captivés et m'ont fait oublier le reste.

C'est au final ce que je retiendrais de ce livre, dévoré en trois jours. Malgré l'insipidité des dialogues, j'ai vraiment apprécié le personnage principal et l'intrigue qui m'a tenu en haleine du début jusqu'à la fin.





vendredi 14 avril 2017

La petite Fadette - George Sand



Quelques infos:


Edition: Folio Classique
Date de 1ère parution: 1849
Pages: 280


Mon avis:


Landry et Sylvinet sont deux frères jumeaux qui ont grandi dans une ferme du Berry. Liés par un amour fraternel très fort, ils n'ont jamais été séparés. Mais alors qu'ils viennent d'avoir quinze ans, Landry doit aller travailler à ferme voisine. C'est un déchirement pour Sylvinet d'autant que son frère, sans pour autant perdre son amour fraternel, semble bien s'accommoder de la situation. 
Lorsque Landry s'entiche de la petite Fadette, une jeune fille dont l'allure et les propos lui valent une réputation de sorcière auprès des paysans du coin, Sylvinet voit rouge. 
Les deux amoureux parviendront-ils à s'affranchir des préjugés de leur entourage et vivre leur amour au grand jour? Landry devra-t-il choisir entre l'amour de son frère et celui de la petite Fadette?

Voici dont le récit non pas d'une mais de deux histoires d'amour: celle de Landry et de Fadette et celle de Sylvinet pour son frère. Si dans la première, les sentiments sont lumineux et permettent à Landry de s'affirmer et à la Fadette de sortir de sa condition, dans la seconde, les sentiments qu'éprouvent Sylvinet sont nocifs pour les deux frères. Ils rendent malade l'un et enchaînent l'autre. C'est une véritable tempête intérieure qui balaye le cœur du malheureux Sylvinet qui tombera dans la mélancolie malgré les efforts de Landry pour conserver le lien.

Finalement, c'est l'arrivée de la petite Fadette qui coupera le cordon entre les deux frères. Sylvinet se moque et rejette cette petite souillon. Landry, lorsque la Fadette le tire d'un mauvais pas, découvre que cette petite gamine mal fagottée cache en réalité une personnalité en or et en tombera amoureux. 
Nous assisterons à la transformation de ce vilain petit canard. C'est une jeune fille pauvre qui a la langue bien pendue et un talent de guérisseuse. Sa famille a mauvaise réputation et elle est rejetée et moquée par les gens.

"Il est vrai que le bon Dieu m'a faite curieuse, si c'est l'être que de désirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n'aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J'aurais renfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m'enseigne ma grand mère pour la guérison du corps humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait bien assez pour m'occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout. (...) Eh bien, au lieu d'être remerciée, honnêtement par tous les enfants de mon âge dont je guérissais les blessures et les maladies, et à qui j'enseignais mes remèdes sans demander jamais de récompense, j'ai été traitée de sorcière, et ceux qui venaient bien doucement me prier quand ils avaient besoin de moi, me disaient plus tard des sottises à la première occasion. (...) Quand à ne prendre soin ni de ma personne ni de mes manières, cela devrait montrer que je ne suis pas assez folle pour me croire belle, lorsque je sais que je suis si laide que personne ne peut me regarder. On me l'a dit assez souvent pour que je le sache; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas que je ne la reproche moi même."

Je la trouve particulièrement touchante dans sa façon de se raconter sans jamais se plaindre. Par amour, elle cherchera à s'améliorer, soignera son apparence et se donnera les moyens de sortir de sa condition sans pour autant changer sa nature profonde.

Enfin, ce livre nous décrit le monde rural du 19e siècle. George Sand met en relief les mœurs et les croyances de l'époque souvent teintées de méfiance et d'ignorance. Elle y fait remarquer l'hypocrisie et y défend cette petite Fadette victime des peurs collectives.

L'écriture est au départ un peu déroutante. C'est en lisant les notes à la fin du livre que j'ai compris que c'était un effet voulu par l'auteur qui utilise volontairement un vocabulaire et des tournures de phrases qui reproduisent le parler paysan. Je me suis laissée prendre au jeu et du fait je me suis sentie complètement immergée dans ce monde champêtre avec l'impression d'écouter​ une jolie fable assise au coin de l'âtre d'une ferme Berrichonne.

La lecture de ce classique de la littérature française m'a vraiment enchantée, il transmet de belles valeurs et j'ai été touchée par les talents de conteuse de George Sand.




Challenge des douze thèmes : lire un classique de la littérature française ou internationale

mercredi 12 avril 2017

Je t'aime - He Zhihong et Guillaume Olive

C'est en flânant chez mon libraire préféré que je suis tombée sur cette petite pépite: "Je t'aime" paru aux éditions Seuil Jeunesse. La Crevette est également sous le charme et elle me le propose régulièrement en lecture du soir.

                                                                                                                                                                                                               
Une maman berce son bébé et lui dit "Je t'aime". Mais que cela veut-il dire? Parti au pays des rêves, le bébé va interroger les différents animaux.
 Chacun lui apportera sa définition.... et au terme de ce voyage, le bébé sera amené à trouver sa propre réponse, blotti dans les bras de sa maman.




J'ai adoré les illustrations. Admirez ce bébé dont la douceur des traits est mise en valeur par l'utilisation de l'aquarelle. C'est tout simplement beau!





Le texte est simple et poétique, les réponses des animaux sont touchantes. Ils ont une belle façon de parler d'amour. Pour les grenouilles, c'est comme les fleurs qui s'ouvrent, pour le moineau c'est comme la rosée du matin, pour le chat c'est comme une pelote de laine....






Voilà un magnifique album qui vous enveloppera vous et votre enfant  dans un monde de douceur et de tendresse.
Dès 3 ans selon l'éditeur, mais à mon avis, il n'est jamais trop tôt pour parler d'amour, on peut le lire bien avant.

Voici ma seizième participation au rendez-vous Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer


mardi 11 avril 2017

Harry Potter et l'enfant maudit - Jack Thorne et John Tiffany




Quelques infos:


Edition: Gallimard
Date de parution: Octobre 2016
Pages: 314

Mon avis:


Nous retrouvons Harry Potter là où nous l'avions laissé à la fin du 7e tome. Toute la famille Potter accompagne le fils cadet Albus sur la voie 9 3/4, pour sa première rentrée à Poudlard. Mais ce n'est pas facile d'être le rejeton du célèbre Harry Potter et Albus voulant se démarquer de son paternel se lie d'amitié avec Scorpius, le fils de son pire ennemi Drago Malefoy et commet les pires bêtises qui menaceront l'équilibre du monde des sorciers.

Ce livre est le script de la pièce de théâtre jouée actuellement à Londres et qui remporte un triomphe. Evidemment, les éditeurs ne pouvaient pas manquer ce qui promettait être un gros succès commercial. Résultat, j'ai eu l'impression de lire quelque chose de non abouti, comme s'il s'agissait du brouillon de ce qu'ont rédigé les auteurs. Ce qui fait le charme des livres de J.K Rowling, ce sont les descriptions et les détails qu'elles apportent à ses romans qui permettent au lecteur de se plonger dans l'univers des sorciers et d'oublier sa pauvre condition de moldu.
Ici, rien de tout ça, le format pièce de théâtre n'est pas adapté, les didascalies ne suffisent pas à recréer l'univers du monde magique.

Les dialogues sont mièvres et sonnent creux. Je n'ai pas retrouvé ce que j'aimais dans les personnages, l'évolution de leur caractère est improbable et les relations entre eux, je pense notamment à Ron et Hermione, frisent la caricature.

L'intrigue en elle même n'est pas du tout respectueuse de l'oeuvre originale: la potion de polynectar se fabrique en deux temps trois mouvements, les retourneurs de temps qui permettent de modifier le passé,.. Je n'ai rien trouvé de bon dans ce livre dont j'ai survolé les dernières pages.

La magie n'a pas du tout opéré et cet opus ressemble plus à une escroquerie qu'une réelle suite des aventures d'Harry Potter.

jeudi 6 avril 2017

Le pianiste - Wladyslaw Szpliman



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 1998
Pages: 316


Mon avis:


Nous sommes en 1939. L'Allemagne vient d'envahir la Pologne et Varsovie tombe aux mains des soldats nazis. La famille Szpilman est une famille de musicien. Un des fils, Wladyslaw, est un pianiste reconnu. Mais ils sont juifs. Rapidement, ils se retrouvent enfermés dans le ghetto où ils voient leurs libertés se réduire comme peau de chagrin et où ils subissent les exactions de soldats allemands et de policiers juifs collabos. En 1942, la famille est emmenée  pour être conduite jusqu'au 
camp de Treblinka. Au moment de monter dans le train, un policier le reconnaît, l'attrape et le sort de la foule in extremis malgré ses protestations. Commencent alors de longs mois d'errance dans les rues de Varsovie dévastées où luttant contre le froid et la faim, Wladyslaw se battra pour échapper au sort qu'auront connu sa famille et des millions de coreligionnaires.

Voilà un témoignage poignant sur la vie dans le ghetto de Varsovie. Je m'étais attendue à une lecture rude, je n'ai pas été déçue! 

Ecrit juste après la guerre, l'auteur est encore sous le coup de ce qu'il a vécu. Il expose les faits dans un style concis sans s’apitoyer sur son sort ou sans écrire des pages et des pages sur les horreurs auxquelles il a assisté. On le sent sidéré parce qu'il voit. Les exécutions sommaires, les enfants abattus froidement, les vieux défenestrés, les humiliations.... Rien ne lui a été épargné! 

Certains passages m'ont bouleversée, notamment lors de l'évacuation d'un orphelinat où un brave médecin accompagne les enfants vers le train en leur faisant croire "qu'il s'agissait d'une excursion à la campagne, qu'ils allaient enfin sortir des murs étouffants du ghetto pour découvrir des prairies en fleurs, des ruisseaux où ils pourraient se baigner, des bois remplis de groseilles et de champignons... Il leur avait recommandé de revêtir leurs plus beaux habits, et c'est ainsi qu'ils sont apparus sous mes yeux, deux par deux, bien habillés et le cœur en fête. La petite colonne était emmenée par un SS qui en bon allemand, aimait les enfants, même ceux qu'il conduisait dans l'autre monde. Il avait été particulièrement charmé par un garçon d'une douzaine d'années, un jeune violoniste qui avait pris son instrument sous le bras. Il lui a demandé de se placer en tête de la procession et de jouer des airs entraînants. Et c'est de cette manière qu'ils se sont mis en route."

Enfin un peu d'espoir apparaît lorsque la résistance s'organise et que Wladyslaw trouve un soutien dans la partie aryenne de Varsovie où d'anciennes relations le cachent jusqu'à cette rencontre avec cet officier allemand qui le sauvera. L'espoir devient enfin palpable et accessible. 

J'ai été impressionné par sa force vitale. Séparé des siens, alors même qu'il se terre dans les greniers des immeubles détruits, il lutte encore et toujours et veille à préserver ses mains dans l'espoir de retrouver son métier de pianiste à la fin de la guerre.
J'ai aimé la présence de la musique tout au long des pages et cette référence au nocturne en ut dièse mineur de Chopin, qui reste, bien avant que je connaisse l'existence du livre, mon préféré. Ici encore, l'art rapproche les hommes.

Ce témoignage est une extraordinaire leçon de vie et d'histoire que tout le monde devrait lire afin de savoir et de ne pas oublier.


"La vie dans le ghetto était d'autant plus atroce qu'elle gardait les apparences de la liberté, au contraire. Il suffisait de descendre dans la rue pour avoir l'impression trompeuse de se trouver au milieu d'une ville comme les autres. Nous ne prêtions même plus attention à nos brassards de Juifs, puisque nous en portions tous un. (...) Mais les rues du ghetto, et elles seuls, finissaient touts contre un mur. Il m'arrivait souvent de partir en marchant au hasard, sans but précis, et chaque fois j'étais surpris de buter sur l'une de ces barrières. Elles se dressaient là où j'aurais voulu continuer à avancer, m'interdisaient de poursuivre ma route, et il n'y avait aucune raison logique à cela? Soudain, la portion de la rue située de l'autre côté du mur devenait l'endroit le plus chérissable au monde, celui dont l'avais le plus besoin, qui à cet instant précis recelait tout ce que j'aurais désiré voir... Mais le mur restait le plus fort."



Nocturne en ut dièse mineur de Chopin:




mercredi 5 avril 2017

La révolte des marmottes - David Gautier et Isabelle Mandrou


La Crevette a eu la joie de recevoir un album jeunesse dans le cadre d'une opération Masse Critique lancée sur le site Babelio. Ce sont les éditions Boule de neige qui m'ont envoyé cet album rigolo et qui a tout de suite plu à la demoiselle!



Bébé Marmotte veut faire une blague à ses amis. Caché derrière un rocher avec son ami l'escargot, il bondit pour leur faire peur.... Malheureusement, personne ne réagit, ils sont tout en pleine digestion d'un repas pantagruélique composé de restes de pizza, sandwich et bonbons abandonnés là par des randonneurs... 



Vexé, Bébé Marmotte décide d'attaquer les responsables...




Et c'est la révolte des marmottes!!!




J'ai trouvé les illustrations particulièrement réussies avec un Bébé Marmotte super attachant et des paysages savoyards très jolis. Quelques touches d'humour ici et là m'ont fait sourire, notamment le patronyme de l'escargot , Usain Bolt, ou le surnom donné aux randonneurs qui sont ici les chaussures fumantes qui sentent le jus de chaussettes!
Je n'ai pu qu'adhérer au message écologique caché derrière cette histoire, c'est un bon moyen que d'aborder avec La Crevette le respect de la nature.
Le texte est dynamique et permet des jeux de voix qui la font bien rire. Je remercie l'auteur d'avoir inséré un "Banzaï!!!!!!" qui retentit désormais dans toute la maison!
Seule la fin m'a paru manquer un peu de fantaisie mais ça ne semble pas perturber La Crevette!
Avec un doudou Marmotte qui est dans le top 3 des doudous officiels, elle a vraiment accroché à cet album sympathique!
Et moi, ça m'a rappelé des souvenirs!



jeudi 30 mars 2017

La cuisinière - Mary Beth Keane




Quelques infos:


Édition : Presse de la cité
Date de parution : janvier 2014
Pages: 401

Mon avis:


Quel destin tragique que celui de Mary Mallon! 
Cette immigrée irlandaise débarque à New York à la fin du 19e siècle. Travailleuse et déterminée, elle grimpe petit à petit l'échelle sociale et devient cuisinière pour des familles fortunées. Certains membres des familles dont elle s'occupe tombent malades mais quoi d'anormal dans cette ville surpeuplée et insalubre?
Cependant, un expert des autorités sanitaires mène l'enquête et fait le lien entre la présence de Mary aux cuisines et l'apparition de la thyphoide dans les foyers.
À cette époque, la notion de "porteur sain" est méconnue et lorsqu'il tente de lui expliquer qu'elle transmet la maladie en cuisinant, la farouche irlandaise refuse de croire ce dont on l'accuse. Se sentant persécutée et victime de préjugés  elle se rebiffe et c'est manu militari que Mary se retrouve en quarantaine sur l'île de North Brother au large de Manhattan où, isolée des siens, elle mènera un combat pour retrouver la liberté.

S'inspirant d'un personnage ayant réellement existé, l'auteur nous dresse le portrait saisissant d'une femme indomptable et obstinée. Sans aucun parti pris, elle nous raconte son histoire, de son arrivée à New York dans des conditions effroyables, jusqu'à son histoire d'amour avec Alfred, un homme oisif et alcoolique. 
Le lecteur comprend rapidement le danger que Mary fait courir aux familles pour qui elle cuisine. Mais j'ai été touchée par cette femme courageuse, qui ne peut comprendre une notion aussi abstraite que celle du porteur sain. Elle doit lutter, seule, sur plusieurs fronts. Les autorités ne prennent pas de gants avec elle. Les examens médicaux sont humiliants, elle vit dans la crainte de perdre un certain statut social qu'elle a mis tant de temps à acquérir. Elle est en lutte avec son destin, elle qui est entièrement dévouée à son travail et qui ne peut l'exercer sans répandre la mort autour d'elle. J'ai aimé la façon dont elle évolue, elle passe de la colère au déni puis à l'acceptation d'une réalité à laquelle elle ne peut échapper.

L'auteur évoque également des tragédies qui ont émaillées la vie de New York comme le naufrage du Général Soclum (1000 morts) ou l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist. Le lecteur se trouve en immersion totale dans la vie New Yorkaise de l'époque. Au delà du portrait de Mary, elle dépeint les problèmes sanitaires, les difficultés de logement, les inégalités sociales, le pouvoir des journaux, mais aussi la solidarité qui règne entre les habitants des quartiers pauvres.
Passé le premier tiers, où les nombreux flash back m'ont posé quelques problèmes, la suite du roman est passionnante et les pages se tournent rapidement.


Bien écrit et richement documenté, ce livre me laisse la satisfaction d'avoir appris énormément de choses et je garderais longtemps le souvenir de Mary Mallon.



samedi 25 mars 2017

Une lettre de vous - Jessica Brockmole



Quelques infos :


Édition: Pocket
Pages: 318
Date de parution : 2014

Mon avis :


Ce roman épistolaire nous propose un voyage entre deux continents et deux époques. 
Il s'ouvre sur la correspondance, commencée en 1912, entre Elspeth, une poétesse vivant sur l'île de Skye en Ecosse, et David, un américain, admirateur de ses poèmes. 
Puis l'auteur nous emmène en 1940, où Margaret échange des lettres avec son amoureux parti au front. Elle lui raconte la découverte fortuite d'une correspondance entre Sue et Davey qui l'amène à enquêter sur les secrets bien gardés de sa mère.

Alors certes, un petit manque de crédibilité m'a gênée, notamment le style que j'ai trouvé trop moderne pour du courrier datant de 1912. De plus, lorsqu'on devait attendre des lettres trois semaines, le temps qu'elles traversent l'océan, j'ai des difficultés à croire que le correspondant ne se contentait que d'écrire trois lignes. La fin et la réaction incompréhensible d'un des protagonistes, m'ont également parues un peu tirées par les cheveux.

Néanmoins, je garde le souvenir plaisant d'une lecture très agréable. C'est une belle histoire d'amour, racontée avec de jolies phrases, tout en pudeur et délicatesse. C'est la rencontre improbable entre deux individus, qu'un océan sépare mais que les mots rapprochent.

"Je me couche tôt pour cesser de ruminer et chasser la solitude, mais je n'arrive pas à fermer l'œil. Je l'avoue, j'ai ressorti et relu toutes vos lettres, ce qui fait que parfois, je m'endors enveloppée de vos mots."

Elspeth est un personnage féminin moderne pour son époque. Un peu à l'étroit sur son île d'où elle ne s'échappe qu'à travers ses lettres ou poèmes, elle suit son cœur, faisant fi des conventions, l'amour la poussant à aller au delà de ses limites.
David est un homme qu'on aimerait rencontrer. À la fois malicieux, vif d'esprit et bienveillant, il sait manier les mots avec tendresse.

"Le 24 décembre au soir, juste sur le coup de minuit sors dehors et lève la tête vers la lune. Goûte les flocons sur tes lèvres en imaginant que ce sont les miennes qui t'effleurent ainsi. Je sortirai pile au même moment. Je te le promets. Peu importe si je suis toujours à Paris ou n'importe où ailleurs en France, je fermerai les yeux et j'aurai la même pensée. Peut-être qu'elle deviendra réalité, ne serait-ce qu'un instant."

J'ai également aimé l'enquête menée par Margaret et l'audace dont elle fait preuve pour découvrir les secrets de sa mère.
La vie des civils pendant les deux grandes guerres est également évoquée. Le rationnement, l'éloignement familial, les blessures physiques et psychologiques qu'elles provoquent forment la trame de fond de ce roman qui se révèle être plus qu'une romance épistolaire.

Ce livre est arrivé au bon moment. Après avoir quitté un univers quelque peu sinistre, cette lecture lumineuse et facile m'a offert un bol d'air de bons sentiments.