vendredi 17 février 2017

Voici venir les rêveurs - Imbolo Mbue




Quelques infos:


Edition: Belfond
Date de parution: 2016
Pages: 420

Mon avis:


Jende est camerounais. Il a immigré aux Etats Unis et a travaillé dur pour faire venir sa femme, Neni et son fils. Doté d'un visa qui arrive à expiration, il attend d'obtenir sa green card, ce sésame qui lui permettra de rester aux Etats-Unis. Neni mène des études brillantes et se rêve pharmacienne. Ils ont des projets de maison, de grandes études pour leur fils. Tout semble si accessible aux Etats Unis.

"L'Amérique a quelque chose à offrir à tout le monde monsieur. Regardez Obama, monsieur. Qui est sa mère? Qui est son père? Ce ne sont pas des gens importants du gouvernement. Ce ne sont pas des gouverneurs, pas des sénateurs. En fait, monsieur, j'ai entendu dire qu'ils étaient morts. Et regardez Obama aujourd'hui? Cet homme, un homme noir sans père, ni mère, qui essaie de devenir le président d'un pays!"

Et lorsque Jende décroche une place de chauffeur pour un grand financier de Wall Street, ils touchent du doigt leur rêve. Mais c'est sans compter la malchance et la crise financière des subprimes. Jende et Neni vont de désillusions en désillusions et voient leur rêve s'effondrer. 

Roman sur la vie des immigrés, ces candidats à une vie meilleure, l'auteur remet en cause ce rêve américain où persiste les inégalités et où les valeurs humaines et familiales s'effacent devant l'argent. Elle retranscrit parfaitement les difficultés rencontrées par Jende et Neni d'aller au delà des clivages sociaux dans cette Amérique où ils se sont bercés d'illusions. 
La ténacité dont ils font preuve, leur courage, leur naïveté parfois m'ont touché. 
J'ai cependant été moins convaincue par le couple d'américains qu'ils côtoient. Symboles de la réussite dont rêve Jende, ils réunissent les stéréotypes de la famille américaine, ultra-riche mais névrosée, chez qui il manque l'essentiel. On frise la caricature.
C'est d'ailleurs lorsque ce couple d'américain s'efface que le récit gagne en intérêt. 

C'est un livre qui offre un éclairage intéressant sur un sujet d'actualité et qui nous imprègne de culture camerounaise. Une belle découverte.




Citations:


"Les gens restaient avec leurs semblables. Même à New-York, même dans cette ville de mélanges, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres composaient leur petit cercle de gens comme eux. Et quel mal y avait-il à cela? Il était bien plus simple de faire ainsi que de dépenser son énergie à tenter de se fondre dans un monde auquel on n'était pas censé appartenir. Voilà ce qui rendait New-York si merveilleux: il y avait là un monde pour chacun.


Les Jeux Olympiques des nationalités: Continent: Afrique, Pays, Cameroun
7 pays sur 10

samedi 11 février 2017

La mer des Cosmonautes - Cedric Gras




Quelques infos:


Edition: Paulsen
Date de parution: Janvier 2017
Pages: 187


Mon avis:


Le mois dernier, j'ai participé pour la première fois à une opération Masse Critique sur le site Babelio. L'internaute est invité à choisir un ou plusieurs livres parmi une liste et s'il est sélectionné, il reçoit un livre en cadeau et doit le chroniquer dans le mois qui suit.
J'ai eu la chance de faire parmi des heureuses élues et c'est pour La mer des Cosmonautes, paru aux éditions Paulsen, que j'ai été sélectionnée. Merci à eux!
Sitôt reçu, sitôt lu et (quasi) sitôt chroniqué!

Cedric Gras nous fait le récit des trois mois qu'il a passé sur l'Akademik Fedorov, un navire brise-glace, chargé de ravitailler les bases russes implantées en Antarctique. L'équipage est constitué d'hommes qui vont relever les équipes qui ont passé un long hivernage sur la banquise. Le bateau quitte Le Cap en Afrique du Sud pour rejoindre le continent blanc, déroutant tremplin pour l'Antarctide que cette Afrique trop hospitalière, où le climat méditerranéen n'augure en rien de la destination.

Mêlant habilement le quotidien de l'expédition au récit de la fastueuse époque de la conquête de l'Antarctique, l'auteur nous emmène dans un univers méconnu: celui des Poliarniks. Il dresse un portrait touchant de ces hommes, marins, scientifiques ou mécaniciens qui passent de longs mois éloignés des leurs pour vivre dans un milieu des plus inhospitaliers au nom de la science et de l'histoire.
Basé sur les témoignages des hommes rencontrés sur le bateau, le récit est émaillé d'anecdotes, parfois amusantes, sur leur quotidien, leur lutte contre les éléments et les soucis techniques provoqués par les contraintes naturelles.

Nous enfilons nos grosses vestes et suivons le conduit aérien qui alimente le bâtiment principal depuis la centrale. Une corde court entre les poteaux flottants sur la glace. Elle sert de guide dans les tourbillons qui contraignent de progresser à quatre pattes. "Souvent, nous luttons contre les rafales de vent pour mériter notre pitance, lâche Sergueï. Une fois au réfectoire, nous sommes raides de givre. Pour le retour, nous nous orientons au boucan des générateurs." Parfois, Sergueï et les autres demeurent sur la colline Komsomolskaïa plusieurs jours, quitte à jeûner. Au delà de 40 mètres par seconde, les sorties sont interdites. Braver les éléments pour un repas leur ferait perdre plus de calories qu'ils en gagneraient.

Les chapitres "historiques" relatent la prestigieuse épopée des poliarniks qui ont contribué, à l'instar des cosmonautes, à la gloire du bloc soviétique, notamment entre 1930-1950. Le récit se teinte de nostalgie lorsqu'ils évoquent les exploits de leur prédécesseurs, restés dans l'ombre des glorieux explorateurs du ciel. A tel point que l'Antarctique leur offre le nom d'une mer située à l'extrême sud de l'océan Indien: la Mer des Cosmonautes. Pendant que l'URSS envoyait des modules vers la Lune, l'Antarctique se trouva reléguée à sa banalité terrestre et les exploits des poliarniks furent oubliés.

Ce livre offre un vrai moment d'évasion. Je l'ai lu au chaud, près du poêle, claquant des dents à l'évocation des - 89° enregistrés sur la base de Vostok. Il a éveillé ma curiosité et me pousse à en découvrir davantage sur ce mystérieux continent où se joue des enjeux internationaux -  pour l'instant limités par le Traité de l'Antarctique qui empêche toute revendication territoriale - et où se vit de belles histoires humaines. 
Une très jolie découverte.

L'Antarctide est absente des géographies mentales de nos pareils. Cantonnée au bas des mappemondes, elle est au mieux représentée par un fin liseré blanc, lardé de déchirures ou d'écornures. Les légendes, les échelles, la rose des vents, une punaise ou un encadré thématique achèvent généralement de masquer le pôle Sud. Les cartographes se sentent moins gênés d'empiéter sur cette terre aux toponymes trop rares, à la surface si morne.




Challenge Coupe des quatre maisons: Pétards surprises, un livre que l'on m'a offert, 10 points

jeudi 2 février 2017

Les fleurs noires de Santa Maria - Hernan Rivera Letelier



Quatrième de couverture:


1907 est une année de grandes grèves au Chili. Dans les mines de nitrate du désert d'Atacama, des milliers de mineurs décident de faire une grande marche à travers le désert en direction de la petite ville de Santa Maria de Iquique, où doivent se tenir, pensent-ils, des négociations.
Parmi eux, on croise des personnages incroyables: Olegario, le mineur amoureux de la silhouette de gitane sur son paquet de cigarettes, Gregoria l'énergique veuve au grand cœur, Idilio le constructeur de cerfs-volants, et la jeune Liria Maria. Tous ces protagonistes pleins de force et d'innocence sont inexorablement entraînés vers un dénouement tragique et réel: la répression fera trois mille morts.


Quelques infos:


Editions: Metallié
Date de parution: 2004
Pages: 214


Mon avis:


A la fin du 19e siècle, l'économie du Chili connaît un véritable essor grâce aux mines de salpêtre situées dans le nord du pays, dans une région du désert d'Atacama appelée La Pampa.
Dans des conditions très difficiles, les "pampinos" extraient le nitrate de sodium qui est ensuite transformé comme fertilisant et exporté à travers le monde.
Le récit nous emmène dans les mines de San Lorenzo en 1907. Les mineurs se révoltent contre leurs conditions de travail et réclament une hausse de salaire. Rejoint par les mineurs d'autres villes, c'est par millier qu'ils entament une longue marche à travers le désert d'Atacama pour rejoindre Iquique afin de faire entendre leurs revendications auprès des patrons, espérant être soutenu par les autorités locales.

"Maintenant hors du village, en rase campagne, éclairés par des torches ou des lampes à carbure et suivant toujours la ligne de chemin de fer, nous allongions le pas, pleins de courage et d'espoir en notre mission. A la vérité, la grande épopée que nous étions en train de vivre nous paraissait incroyable: nous prenions soudain conscience de n'être plus une poignée de travailleurs de la compagnie San Lorenzo mendiant une augmentation de salaire au gringo de la bouffarde mais, rassemblés du jour au lendemain en une foule poursuivant son rêve, de nous être transformés en une sorte d'armée de libération de pampinos, en une caravane épique et dépenaillée d'hommes, de femmes et d'enfants traversant un des endroits les plus inhospitaliers du monde pour revendiquer leurs droits. Et, même si la plupart d'entre nous s'étaient lancés dans l'aventure dans l'état où ce vent de courage les avaient emportés - avec le cœur pour boussole et l’espoir pour raison de campagne - , chacun sentait un indescriptible sensation d'audace et de liberté bouillonner dans son cœur."

L'auteur nous conte l'histoire, réelle, de cette tragédie annoncée à travers le destin de quelques personnages: Olegario Santana, mineur entre deux âges, lucide quant au résultat de leur expédition, José Pintor, le mécréant au verbe haut, Gregoria, une battante, soutenant le mouvement coûte que coûte, Idilio et Liria Maria, deux jeunes adultes qui découvriront l'amour dans les bras l'un de l'autre. Cette idylle amène un peu de poésie et d'espoir dans cette histoire âpre et tragique.

"A la lumière de la lune, Liria Maria voit les yeux d'Idilio Montano verser des torrents de larmes. Jamais auparavant elle n'avait vu pleurer un homme. Dans un brusque élan de tendresse, la jeune fille lui sèche les joues de ses mains et effleure légèrement ses lèvres de sa bouche. Quand ils se regardent de nouveau, toutes les étoiles du ciel palpitent dans leurs yeux étonnés. C'est le premier baiser d'amour qu'elle donne et le premier qu'il reçoit."

Parvenues à Iquique, les familles s'entassent dans des logements de fortune, hangar, chapiteau d'un cirque ou école... Pendant qu'une délégation de mineurs négocie avec les patrons, les jours s'égrénent dans l'attente d'une solution au conflit. Dans une ambiance calme et solidaire, nous partageons le quotidien de nos héros ordinaires, fait d'amour, de courage, de virée entre copains, de petites jalousies parfois et de grande solidarité souvent. A tel point, que le lecteur s'interroge sur le pourquoi de cette tragédie annoncée par la quatrième de couverture.

Alors que le nombre de militaire s'accroît au fur et à mesure que le nombre de grévistes installés à Iquique augmente, la tension des derniers jours est très bien retranscrite par l'auteur. J'ai tourné les pages avec angoisse, révoltée par les méthodes employées par les administrateurs et les autorités qui restent sourds aux revendications des mineurs: jeu de dupes, langue de bois, fausse écoute et fausses promesses, propagande et désinformation et pour finir extrême violence.

J'ai été bouleversée  par le récit de ce conflit entre deux mondes inconciliables qui se termine par un bain de sang. 
A lire pour savoir et ne pas oublier....

Citations:


Le plus désespérant, c'était de voir la ligne tremblante de l'horizon se maintenir à la même distance quelque soit le chemin parcouru.

Rêver, c'est déjà une façon de lutter, don Olegario. Quelqu'un a dit un jour: tous les rêves sont séditieux.




Challenge des jeux olympiques des nationalités: Pays: Chili, Continent: Amérique
Coupe des 4 maisons: Portoloin, livre qui ne se passe ni en France, ni aux USA, ni en Angleterre, 10 points

samedi 28 janvier 2017

L'auberge de la Jamaïque - Daphné du Maurier



Quelques infos:


Edition: Livre de poche
Parution: 1936
Pages: 321

Mon avis:


A la mort de sa mère, Mary Yellan quitte sa région natale pour rejoindre sa tante qui vit en Cornouailles avec son mari, aubergiste. Sa tante est devenue une femme soumise, terrorisée par sa brute de mari. L'auberge, peu accueillante, ne reçoit plus de voyageurs depuis longtemps. Au milieu de cette lande désolée, des hommes s'arrêtent certaines nuits, aussi violents et avinés que le tenancier. Malgré le sentiment de dégoût que lui inspire son oncle, l'environnement hostile des marécages environnants, Mary reste dans le but de sauver sa tante des mains de son mari. 

Le voyage de Mary quittant les vertes prairies d'Helford vers l'Auberge de la Jamaïque annonce tout de suite la couleur. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une ambiance lourde et angoissante. 

"Elle était inexorable cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps les avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêts rabougris."

L'oncle de Mary est particulièrement terrifiant. Ravagé par l'alcool, ses réactions imprévisibles et violentes laissent craindre le pire pour la jeune fille. Au fil des pages, le suspense monte crescendo. Mais que se passe-t-il dans cette auberge? Le cadre de cette histoire est parfaitement décrit par Daphné du Maurier. Au milieu de la nuit, le lecteur entend le grincement des roues des chariots, distingue les ombres des hommes se donnant à de mystérieux trafics au milieu de la cour. 
Je me suis sentie plongée dans cette ambiance glauque et mystérieuse. Les pages se tournent facilement et j'éprouvais une envie irrépressible de découvrir ce que cachait l'oncle. Certains passages m'ont clairement fait frissonner et même si ils me laissaient un sentiment de malaise, c'était suffisamment bien écrit pour que j'ai envie d'y retourner!

"Une araignée rampa sur la main du mort* et il sembla étrange à Mary que cette main restât immobile, sans chercher à se débarrasser de l'araignée. Puis, l'araignée grimpa sur le bras, montant vers l'épaule; quand elle arriva à la blessure, elle hésita, fit un détour, puis revint avec curiosité; il y avait, dans sa rapidité, une absence de crainte qui était horrible et profanatrice." 

(*Afin de ne pas spolier l'oeuvre, j'ai volontairement enlevé le nom du mort!)

Si les personnages de l'oncle et de la tante sont bien réussis et crédibles, une petite ombre entache ma lecture. J'ai eu du mal à comprendre Mary. C'est une femme courageuse, travailleuse, indépendante, un brin féministe, mais parfois tellement naïve. Sa fâcheuse tendance à se jeter dans la gueule du loup était agaçante. Mais surtout, je n'ai pas du tout cru en son histoire d'amour avec un des personnages. Ses sentiments s'installent avec une rapidité surprenante envers un homme particulièrement machiste (la scène où il la relègue aux fourneaux pour préparer un repas m'a laissé perplexe!). Les deux dernières pages m'ont laissé une impression un peu amère et je n'ai pas compris son choix et cette façon de se soumettre en totale contradiction avec sa personnalité.

"Je m'étais proposé (...) quand tout serait fini, de trouver du travail quelque part dans une ferme et de vivre comme un homme, ainsi que j'en avais l'habitude. Mais maintenant je ne puis faire aucun plan ni penser par moi-même. Je tourne en rond dans un piège, et tout cela à cause d'un homme que je méprise, qui n'a rien à voir avec mon esprit, avec ma raison. Je ne veux pas aimer comme une femme ni éprouver des sentiments de femme. Cela ne signifie que des souffrances et des tourments qui peuvent durer une vie entière. Je n'ai pas cherché cela! Je n'en veux pas!"

C'est donc le cinquième livre de Daphné du Maurier que je découvre. Même si ce n'est pas l'oeuvre que je préfère, j'ai passé un bon moment de lecture. J'aime particulièrement l'ambiance de ses romans et ici, une fois encore, je me suis retrouvée en immersion totale dans cette lande désertique battue par les vents et fouettée par la pluie. J'en frissonne encore!





Challenge Coupe des 4 maisons: Petrificus totalus, livre avec une couverture rigide, 15 points


Livre lu dans le cadre d'une lecture commune sur le site Livraddict

dimanche 22 janvier 2017

L'oiseau des neiges - Tracy Rees


Quatrième de couverture:


Janvier 1831. Abandonnée, à même la neige, Amy n'a que quelques jours lorsqu'elle est trouvée par Aurelia Vennaway, huit ans, unique héritière d'une famille aristocratique. Malgré l'hostilité de ses parents, elle réussit à faire recueillir l'enfant, qui grandira à Hatville Court parmi les domestiques.
La jeune et sémillante Aurelia est sa seule amie. Aussi, quand cette dernière lui apprend qu'elle va mourir, Amy est dévastée.
Aurelia, cependant, lui a laissé un dernier cadeau: une série de lettres à retrouver aux quatre coins de l'Angleterre, telle une chasse au trésor, et qui l'aideront à lever le voile sur sa propre histoire mais aussi sur celle, inattendue, d'Aurelia.
Amy parviendra-t-elle à résoudre l'énigme?

Quelques infos:


Edition: Presses de la Cité
Parution: Octobre 2016
Pages:

Mon avis:


Dans le cadre du challenge des douze thèmes, je dois lire un livre:

" qui sent bon le feu de cheminée et qu'on a envie de lire en se blottissant chaudement avec un plaid et une boisson chaude". 

Avec sa couverture enneigée et son titre, je trouvais que "L'oiseau des neiges" tombait à point nommé. Découvert lors de mes promenades sur la blogosphère littéraire, je me suis laissée tenter par l'engouement général autour de ce roman.

Amy est recueillie alors qu'elle n'était qu'un nouveau-né par Aurelia, une jeune fille de la société anglaise. Au fil du temps, une profonde amitié se noue entre les deux jeunes filles malgré la désapprobation des parents d'Aurelia qui n'auront de cesse de reprocher à Amy ses origines obscures.
Lorsqu'Aurelia décède d'une longue maladie, Amy, 17 ans, est chassée du domaine. Mais son amie lui a laissé en héritage une série de lettres où, indices après indices telle une chasse aux trésors, Amy découvrira le secret d'Aurelia. Mais surtout, au fil de ses voyages et de ses rencontres, elle se révèlera à elle même.

Je n'ai malheureusement pas partagé l’enthousiasme général. J'ai trouvé que les personnages frisaient parfois la caricature, notamment la famille Vennaway, les méchants de l'histoire, ou la famille Wister, trop Bisounours pour moi. 
Les doutes et les questionnements d'Amy, trop répétitifs, ont eu tendance à m'agacer. J'ai trouvé au final, que la transformation de ce vilain petit canard en joli cygne trop surfaite et maintes fois racontée.

Il a fallu que je fasse appel à celle que j'étais il y a quelques année pour que je trouve un quelconque intérêt à ma lecture. Et c'est en m'imaginant moi, à 15 ans tournant les pages de ce roman que j'ai fini par trouver quelques qualités à cette histoire.
Cette quête, façon chasse aux trésors, ménage un léger suspense qui m'a encouragé à terminer l'ouvrage.
Ce livre à le mérite d'aborder le thème de la condition féminine dans l'Angleterre victorienne où les femmes n'ont d'autres choix que de se conformer aux rigides codes sociaux de l'époque.

"Ce monde est d'une stupidité absolue, Amy: les conventions, ce qu'elles tolèrent, ce qu'elles interdisent. Un mariage avantageux, par exemple, est respecté, admiré, alors qu'il revient à ceder une femme contre de l'argent, comme un cheval! Quant aux choses que l'on condamne alors qu'elles sont bonnes et naturelles.... Tout cela dépasse l'entendement!"

Somme toute, je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce roman, la faute à une écriture simpliste et à des facilités scénaristiques. Il me semble plus adapté à un public adolescent qui pourra avoir un aperçu de la vie des femmes au 19e siècle






Challenge Coupe des quatre maisons: Item éphèmère "Nargole" 80 points (1er livre acheté cette anée)

lundi 16 janvier 2017

Une vie entre deux océans - M.L. Stedman


Quatrième de couverture:


Après avoir connu les horreurs de la Grande Guerre, Tom Sherbourne revient en Australie. Aspirant à la tranquillité, il accepte un poste de gardien de phare sur l'île de Janus, un bout de terre sauvage et reculé. Là, il coule des jours heureux avec sa femme, Isabel. Un bonheur peu à peu contrarié par leurs échecs répétés pour avoir un enfant. Jusqu'au jour où un canot vient s'échouer sur le rivage. A son bord, le cadavre d'un homme, ainsi qu'un bébé, sain et sauf. Pour connaître enfin la joie d'être parents, Isabel demande à Tom d'ignorer les règles, de ne pas signaler l'incident. Une décision aux conséquences dévastatrices...

Quelques infos:


Edition: Le livre de Poche
Date: 2014
Pages: 521


Mon avis:


Depuis longtemps fascinée par ces sentinelles des mers, cette histoire de gardien de phares m'a tout de suite attirée. Ce roman, découvert sur les sites littéraires, a connu un grand succès. Amplement mérité car c'est une histoire romanesque à souhait, qui m'a emmené très très loin.

Il faut savoir déjà que l'Australie a payé un lourd tribut lors de la guerre 14-18, chose qui n'était pas évidente pour moi. Lorsque la Grande Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne en 1914, tous les pays du Commonwealth sont appelé à défendre le drapeau britannique. Plus de 400 000 soldats sur les 4.5 millions d'habitants que compte l'Australie sont parti servir sous les drapeaux. (source Wikipédia) C'est énorme! Beaucoup n'ont pu revoir leur terre natale. D'autres sont revenus bien amochés. 

Tom fait partie de ceux-là. Si aucune séquelle physique ne l'affecte, il porte sur ses épaules la culpabilité des survivants et le souvenir de toutes ces horreurs qu'il a pu commettre pour sauver sa peau.

"Tom n'est pas un de ces hommes dont les jambes ne tenaient plus que par des écheveaux de tendons, ou dont les entrailles s'échappaient en cascade de leur corps comme des anguilles gluantes. Ses poumons n'avaient pas non plus été transformés en colle ou son cerveau en bouillie à cause des gaz. Mais il est malgré tout très marqué, puisqu'il doit vivre dans la même peau que cet l'homme qui a fait toutes ces choses qui ont du être faites là-bas. Il porte en lui cette ombre différente, projetée vers l'intérieur."

La guerre et ses conséquences sont, tout le long du roman, comme une ombre qui plane sur chaque personnage et qui pèse sur leurs actions.

C'est pour trouver une forme de paix intérieure qu'il accepte d'exercer le métier exigeant de gardien de phares, travail difficile qui lui occupe l'esprit. Isolé à 150 km du continent, ravitaillé 4 fois par ans, il panse ses blessures au milieu des éléments déchaînés, dans une solitude salvatrice où rien ne l'oblige à se raconter aux gens.

"Pour la première fois, il prit la mesure de ce qu'il avait sous les yeux. A deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer, il était fasciné par la chute vers cet océan qui venait s'écraser contre la falaise en contrebas. L'eau jaillissait telle de la peinture blanche, aussi épaisse que du lait, et l'écume disparaissait parfois assez lontemps pour révéler l'immensité d'une sous-couche d'un bleu profond."

 Il se fait néanmoins surprendre par la lumineuse et souriante Isabel, rencontrée sur le continent dont il tombe amoureux. Elle accepte de le suivre sur son île éloignée de tout, pour le meilleur et pour le pire. Car après trois fausses couches, la santé mentale d'Isabel se détériore. Jusqu'au jour où un canot s'échoue sur la plage. A son bord, un homme mort et un bébé âgé de quelques mois bien vivant. Isabel adopte immédiatement l'enfant et par amour pour sa femme, Tom commet l'irréparable. Il tait le naufrage.
Deux années passent, le bébé grandit et devient une merveilleuse petite fille. Mais à l'occasion d'une visite sur le continent, ils rencontrent par hasard la mère de l'enfant. Dévastée par la disparition de son mari et de sa fille, elle erre dans les rues comme un fantôme. Pour Isabel, c'est une évidence, rien ne doit la séparer de son enfant qu'elle élève depuis deux ans. Tom est en revanche torturé. L'image de cette mère meurtrie le hante et il est tiraillé entre sa culpabilité et l'amour qu'il éprouve pour sa famille.
Le suspense monte crescendo: Tom et Isabel seront-ils démasqués? Quelles conséquences pour eux et la fillette? Peut-on être heureux quand ce bonheur est arraché à une autre? Le lecteur suit les questionnements des personnages, saisit toute la complexité de la situation qu'Isabel refuse de voir et s'inquiète pour l'avenir de cette famille. Mes émotions ont été mise à rude épreuve! Je ne peux en dire plus mais sachez que la suite est magnifique et bouleversante.

J'ai aimé l'évocation de la parentalité qui est développée dans ce roman. L'amour qu'éprouve Tom pour sa fille est particulièrement touchante. 

"Tu n'imagines pas à quel point un bébé peut percer tes défenses Bluey. A quel point il peut aller jusqu'au fond de toi. Une vraie attaque surprise"

Certains jugeront Isabel égoïste mais ils ne mesurent pas l'injustice que subit une femme infertile, qui ne peut qu'accuser que la nature ou le Bon Dieu de lui refuser le bonheur auquel elle aspire. C'est un déchirement que de ne pouvoir un concevoir un enfant. Sa propre souffrance l'aveugle et ne lui permet plus de distinguer le bien et le mal.

Il y a tant de choses à dire sur ce roman. J'ai aimé la puissance de l'amour entre Tom et Isabel. Tom est un de ces héros qui me marquera, un personnage dont j'ai aimé la droiture et les émotions qui l'anime. Les personnages secondaires comme les parents d'Isabel où le grand-père de la petite sont tout aussi intéressants. J'ai aimé ce phare, les métaphores sur la lumière qu'il émet est le fil rouge du roman.  

"Un phare ça fonctionne pour les autres; il est impuissant à éclairer l'espace le plus proche de lui."

C'est donc un roman très riche, tant par la profondeur des émotions qui y sont exprimées que par la richesse des thèmes qu'il aborde. Un vrai coup de coeur!







(Phare de l'île Vierge, Bretagne, Finistère)


Challenge Coupe des quatre maisons: Médaillon de Serpentard, livre dont le nom de l'auteur commence par un S, 20 points





mardi 10 janvier 2017

Les cerfs-volants de Kaboul - Khaled Hosseini


Quatrième de couverture:


Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçon grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés...
Été 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. "Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan, des talibans... et de son propre passé.

Quelques infos:


Edition: 10/18
Date de parution: 2006
Pages: 408


Mon avis:


 Alors que je cherchais un auteur pour compléter le challenge de JO, j'ai repensé à ce film vu il y a des années de cela et que je savais inspiré d'un roman écrit par un auteur afghan. Si j'avais gardé un souvenir assez vague de l'histoire, je me souvenais parfaitement d'avoir été profondément bouleversée par le destin d'Amir et de Hassan. C'est avec beaucoup d'émotion que je me suis plongée dans la lecture de ce roman.

La première partie se concentre sur l'enfance d'Amir dans le Kaboul des années 70. Il partage ses jeux d'enfants avec Hassan, le fils de son serviteur. Leur amitié est faussée par leurs différences d'origine et de condition. L'un va à l'école et sait lire, l'autre effectue des tâches ménagères et est illettré. Et même si Amir affiche parfois des airs supérieurs, il ressent beaucoup d'affection pour son ami d'enfance.

Au final, je restais un Pachtoune et lui un Hazara. J'étais sunnite et lui chiite. Personne n'y pouvait rien changer. Personne. Nous n'en étions pas moins des garçons qui avaient appris à marcher ensemble, et cela, l'histoire, les ethnies, la société et la religion n'y changeraient rien non plus.

 Mais tiraillé entre ses sentiments, l'opinion des autres et sa quête d'affection paternelle, Amir commettra une faute qu'il ne se pardonnera jamais. Cette faute signera la fin de leur amitié.
L'auteur a beaucoup développé dans cette partie la vie à Kaboul à cette époque, Les enfants allaient voir John Wayne au cinéma, ils jouaient au foot et couraient après leur cerf-volant. C'était une ville aux couleurs chatoyantes, belle et joyeuse. J'ai adoré cette immersion dans la culture afghane, j'ai aimé découvrir ces codes, j'aurais voulu goûter aux plats, et déambuler dans les rues de Kaboul entendre le rire des enfants. Le contraste entre l'Afghanistan merveilleusement racontée par Khaled Hosseini et l'image que nous avons pu voir aux JT n'en est que plus saisissant.

Voici le rituel que j'observe chaque année lors de la première chute de neige: je sors de la maison tôt le matin, encore en pyjama, en serrant mes bras contre moi pour me réchauffer. Je découvre l'allée du jardin, la voiture de mon père, les murs, les arbres, les toits et les collines ensevelis sous une couche de trente centimètres. Je souris. Le ciel bleu s'étend à l'infini et la neige est si blanche que les yeux me brûlent. J'en ramasse un peu et la fourre dans ma bouche, j'écoute le silence assourdi interrompu par le seul croassement des corbeaux. Puis je descend les marches du perron, pieds nus et j'appelle Hassan pour qu'il vienne profiter du spectacle.

Dans la deuxième partie, Amir et son père fuient le régime communiste qui a envahi l'Afghanistan. Dans d'affreuses conditions ils partent s'installer aux Etats-Unis. Leur relation évolue et j'ai été surprise de la facilité avec laquelle ils se sont adaptés à leur nouveau pays. Il laisse son passé derrière lui, se construit un avenir, vit du métier qu'il a toujours voulu faire. Mais, c'est une erreur de vouloir enterrer le passé; il s'accroche tant et si bien qu'il remonte toujours à la surface.

Et bien des années après que Amir devenu adulte retourne sur les terres de son enfance, racheter sa faute. Il découvre, horrifié, ce qu'il est advenu de son pays.

Revenir à Kaboul me procurait la même sensation que lorsqu'on rencontre par hasard un vieil ami perdu de vue et qu'on le découvre sans abri, démuni et durement éprouvé par la vie.


 Kaboul est en ruine, les talibans y font régner la terreur et il se retrouve confronté lui même à cette horreur. C'est la partie que j'ai le moins aimé. Si la description de Kaboul est particulièrement juste, j'ai moins adhéré à la fiction. Heureusement, la fin laisse plusieurs ouvertures, on échappe de peu à un super happy end qui aurait fait perdre toute crédibilité à l'histoire.

Je garde un très bon souvenir de cette lecture, j'ai eu un aperçu de l'histoire de Kaboul, ce qui a contribué à sa chute. C'est également une histoire de destin, de sens de la famille et de rédemption,




Challenge Les jeux olympiques: Pays: Afghanistan, Continent Asie
5 pays sur 10
Coupe des 4 maisons: Item Cho Chang (2e fois) livre dont le héros est asiatique: 5 points